Blanquer: Rectifions les bobards

Le ministre de l’éducation nationale, Jean Michel Blanquer, accuse ceux qui s’élèvent contre ses réformes, de répandre des bobards. Il passe son temps à en rectifier, paraît-il. A notre tour. Voici quelques propos choisis, alors qu’il était l’invité de la matinale de France Inter, chez Nicolas Demorand, le 28 mars 2019.

“La réforme [du bac et du lycée], contrairement à ce qu’on entend souvent, ne conduit pas à une pré-orientation”, pourtant, elle a été conçue dans la foulée du nouveau dispositif de candidature des futurs bacheliers pour le supérieur, Parcoursup, mis en place en 2018, dans lequel les formations universitaires sont appelées à formuler des “attendus”, et les enseignants du secondaires à formuler un avis sur la capacité de l’élève à poursuivre des études pour chacun de ses vœux. Les choix de spécialités faits par un élève de seconde pourront très vite être intégrés à ces attendus, et devenir déterminants pour ouvrir ou fermer des possibilités d’études supérieures. Cela d’autant plus que le calendrier du nouveau bac est conçu pour que 75/100 des résultats soient connus au retour des vacances de printemps, afin d’être pris en compte dans Parcoursup.

“Les élèves auront la possibilité de changer [de spécialité] entre la première et la terminale, le choix sera réversible”, première nouvelle et grosse inquiétude dans les lycées, car cela n’a pas été prévu dans la construction des programmes des spécialités. Comment, en effet, intégrer en terminale un enseignement approfondi dont on n’aurait pas suivi la progression en première? Fort heureusement, cela n’est pas prévu dans la réforme.

“Auparavant les lycéens avaient le choix entre trois séries, désormais, vous allez avoir le choix entre une vingtaine, voire une trentaine de combinaisons possibles”, là, Monsieur Blanquer ignore totalement la réalité du terrain: comment un lycée pourrait-il construire des emplois du temps cohérents pour les élèves et les enseignants, sur la base d’une trentaine de combinaisons de spécialités différentes pour environ six classes de terminales générales? Combinaisons de spécialités auxquelles il faudra ajouter les différentes combinaisons de langue 1 et 2, et d’options? Sachant que les moyens seront très contraints, et ne permettront en aucun cas de démultiplier les groupes de spécialités dans la semaine? Pour des raisons de contraintes budgétaires et techniques, les lycées offriront bien moins de possibilités de combinaisons de spécialités que ne l’affirme notre ministre.

“On pourra suivre une spécialité qui n’est pas proposée dans son établissement dans un autre lycée situé à proximité”, mais comment on s’organise, si une partie des cours de la semaine doit avoir lieu dans un autre établissement?

“Bien sûr, si il reste des places… on peut parier qu’il y aura moins de problèmes de ce genre qu’avant”, mais rien n’a été prévu pour créer des nouvelles places.

“Aujourd’hui le sujet pour le lycée n’est pas tant les moyens ”, en effet, la réforme a pour vocation d’économiser des moyens, en remplissant au maximum les classes à 35, et en réduisant les possibilités d’avoir des groupes en effectifs réduits.

“Le sujet c’est d’avoir des classes moins surchargées parce que mieux réparties, jusqu’à aujourd’hui vous aviez par exemple des classes de S à 35, et des classes de L à 15” quand c’est le cas, les 15 élèves de L sont, la plupart du temps, associés à 20 élèves de ES, ce qui fait une classe à 35, mais Monsieur Blanquer n’en a apparemment pas été informé. Les dotations horaires qui ont été attribuées aux établissements pour la rentrée 2019 montrent qu’il ne s’agira pas du tout de mieux répartir pour réduire les effectifs, mais plutôt pour les augmenter partout.

“En 2019 nous supprimons des postes dans le secondaire, mais nous créons des heures supplémentaires, c’est une opportunité de pouvoir d’achat pour les professeurs.”, les charges de travail des professeurs ont déjà considérablement augmenté ces dernières années, sans être reconnues et rémunérées, et le point d’indice, base de calcul de la rémunération, est gelé depuis 2010. Les professeurs ne souhaitent pas travailler plus en restant mal payés, mais souhaitent une véritable reconnaissance de leur travail invisible, et une revalorisation de leurs salaires.

“La priorité ira à l’école primaire, où nous créons des postes”, malheureusement, la récente publication des postes offerts aux concours de recrutement cette année montre au contraire des baisses importantes dans plusieurs académies.

“Les Etablissements publics des savoirs fondamentaux (regroupements d’écoles et collèges) seront réalisés là où il y aura du consensus”, il n’empêche que le projet de loi école de la confiance donne la main au représentant de l’État dans le département, qui pourra les créer par un arrêté (Art. L. 421-19-17.), l’article ne mentionne en aucun cas la notion de “consensus”

“Mon but est de renforcer les directeurs d’école”, mais ces EPSF, seront sous l’autorité d’un chef d’établissement qui exercera “simultanément les compétences attribuées au directeur d’école et les compétences attribuées au chef d’établissement”, habile tour de passe passe: c’est le principal devenu aussi directeur d’école, qui verra son autorité renforcée, pas les actuels directeurs d’écoles.

“Les taux d’encadrement de l’école élémentaire vont être améliorés”, pourtant, on continue de constater des hausses d’effectifs et des fermetures de classes.

Retour au sujet de la réforme du lycée, après une question d’auditeur:

“En clair, un élève a le choix entre un petit peu de maths dans le tronc commun, trois heures de maths si il choisit maths complémentaires, six heures si choisit la spécialité, ou neuf heures si il choisit maths expertes: un peu, trois, six, ou neuf”, là, il semblerait que Monsieur Blanquer ne connaisse pas sa propre réforme. A moins qu’il ne mélange sciemment les niveaux de première et de terminale? Les options de trois heures “maths complémentaires” et “expertes” ne sont proposées qu’en terminale, et pas en première. En première, il y a une spécialité de quatre heures, d’un niveau plus élevé que le programme de l’actuelle première S, et le niveau le niveau intermédiaire que constituait l’enseignement de mathématiques en ES disparaît.

En conclusion:

“Je suis complètement dans le dialogue”, mais celles et ceux qui se mobilisent contre les réformes sont méprisés, leur mobilisation se serait faite “sur la base d’informations fausses”. Avec le même sens du dialogue, quand les membres du Conseil supérieur des programmes ont voté contre les nouveaux programmes du lycée, il n’en a pas tenu compte. Le dialogue, ici,  c’est “cause toujours”, et mieux” ferme ta g…..”.

Nathalie C.